S1 INIT GNR DRAM – LA TRAGEDIE CLASSIQUE FRANÇAISE ET SES REGLES

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La tragédie classique française et ses règles

I  La tragédie classique française:

  • La tragédie est le genre le plus noble
  • Elle doit suivre la règle des trois unités
    • lieu (un seul)
    • temps (maximum 1 jour)
    • action (un conflit central)
  • Elle doit présenter un dénouement malheureux, tragique

Les trois unités:
Vers 1630, un débat fait rage dans les milieux du théâtre en France: les partisans de l’application rigoureuse des unités s’opposent aux auteurs qui défendent au contraire une application plus souple, voire une complète liberté décomposition. Vers 1640, les trois unités finissent par s’imposer: elles correspondent, pense-t-on, aux préceptes du goût, de la maîtrise artistique et de la raison. Contemporaine du Discours de la méthode, de Descartes, cette victoire des unités marque le commencement du classicisme, vision d’un art dominé par la raison, et qui culminera sous le règne  de Louis XIV.

Rappel: les trois unités consistent: l’unité d’action implique qu’il n’y ait qu’une seule intrigue principale dans la pièce. L’unité de temps implique que l’action de la pièce se déroule dans la limite de vingt-quatre heures. Enfin, l’unité de lieu, la plus controversée, ne se trouvait pas chez Aristote, et n’a jamais été très clairement définie. Pour certains, le « lieu unique » où doit se dérouler l’action de la pièce est tout l’espace que le spectateur voit. Mais chez Racine, ce lieu unique est plus circonscrit: c’est l’intérieur d’un appartement, dans un palais, ou bien une antichambre.

Les unités: cadre artificiel ou idéal ?
De nombreux auteurs et théoriciens se sont posé cette question, dès le XVIIe siècle. Dans ses Trois Discours, où il réfléchit sur l’art dramatique, Corneille avoue qu’il n’a jamais été très à l’aise avec les règles des unités. L’unité d’action aide sans doute l’intrigue de la pièce à demeurer claire et cohérente, mais elle limite l’audace et l’imagination. Corneille lui-même aimait les pièces qu’il appelait « implexes », c’est-à-dire chargées d’événements, et dotées d’une intrigue compliquée, pleine de rebondissements. A l’unité d’action, il préférait l’unité de péril, c’est-à-dire l’existence d’un danger unique qui relie les composantes de l’action. L’unité de temps contraint parfois les auteurs à l’invraisemblance: on cite toujours l’exemple du Cid. Pour respecter l’unité de temps, Corneille impose à son héros une journée d’enfer, comme on dirait aujourd’hui! Rodrigue doit se battre deux fois en duel, mener une armée à l’assaut contre les Maures, avoir des entrevues tendues et pathétiques à l’extrême avec son père, son roi et la femme qu’il aime, et tout cela en moins de vingt-quatre heures! Quant à l’unité de lieu, c’est celle que les romantiques, ont dénoncée avec le plus de véhémence, car elle contraint les auteurs à des arrangements absurdes: comment admettre que les conspirateurs, par exemple, viennent comploter dans la salle même où se trouve le tyran à abattre!Toutefois, l’objectivité oblige à reconnaître que, chez certains auteurs, Racine le premier, l’application intelligente des trois unités a magnifiquement servi l’art de la tragédie, et du théâtre en général. Comment? Prenons l’unité d’action. Contrairement à Corneille, Racine écrit une pièce à partir de « presque rien »,il aime réduire l’intrigue au minimum. La tragédie racinienne, en effet, est économe et concentrée: elle est tout entière focalisée sur une « crise», qui peut logiquement éclater et se résoudre en quelques heures; mais ces quelques heures suffisent à décider de toute une vie, de toute une destinée.

Conséquence de cette intrigue réduite à un paroxysme critique, l’unité de temps apparaît tout à fait naturelle, de même que l’unité de lieu, car cette crise n’a pas besoin de beaucoup de temps ni d’espace pour se dérouler. C’est donc une esthétique de la concentration extrême: le temps de la crise est bref mais riche en tension émotionnelle; le lieu tragique, par son exiguïté même, devient un lieu théâtral parfait car c’est un carrefour de forces qui s’affrontent, en une lutte puissante et fatale. Cette unité de lieu peut également mettre en valeur l’importance symbolique d’un endroit particulier, comme le Temple de Jerusalem dans Athalie. Dans cette tragédie biblique, ce temple, demeure du Dieu d’Israel, fonctionne comme le coeur à la fois historique et religieux de tout le royaume.II est donc habile de la part de Racine d’en faire le centre nerveux de la pièce: « Oui, je viens dans son temple adorer l’Eternel », déclare Abner, dès le premier vers de la pièce.
La règle des trois unités a donc fourni à Racine un cadre idéal pour sa vision personnelle de la tragédie: pour lui, en effet, c’est dans le cœur des personnages, et non dans les péripéties extérieures, que réside l’essence du tragique. Racine nous montre la fatalité destructrice des passions, telle que la volonté de puissance dans Athalie, ou la jalousie dans Phèdre, qui amène les héros tragiques à leur ruine. C’est sans doute grâce aux règles, et non pas malgré elles, que Racine atteint à la perfection l’art de la tragédie. Mais les trosi unités ne sont pas les seules règles: il s’y ajoute les bienséances et le vraisemblable. 

Les bienséances:
Le mot « bienséances » désignait, au XVIIe siècle, un ensemble de règles tacites qui avaient pour objectif de ne choquer le public ni sur le plan moral ni sur le plan esthétique. La première de toutes les bienséances pourrait constituer une quatrième unité: il s’agirait de l’unité de ton, qui veut que l’on ne mélange pas les genres. L’univers de la tragédie doit toujours s’exprimer d’une manière noble et conforme à son rang, même si c’est pour dévoiler un caractère odieux. Chez Racine, Néron lui-même n’oublie pas les bonnes manières. C’est ainsi que l’on évite toute référence trop claire aux fonctions biologiques et à la sexualité.
Les classiques pratiquent également l’art de la litote, qui consiste à dire moins que l’on ne pense. Lorsque Chimène dit à Rodrigue: « Va, je ne te hais point » (acte III, scène 4), elle veut dire qu’elle l’aime passionnément. Mais il eut été malséant de lui faire faire une déclaration enflammée. En général, les bienséances consistent à ne pas choquer le goût ni les préjugés du public. Les personnages doivent être présentés tels que le public les imagine, même si cela revient à flatter les idées toutes faites que les Français de l’époque pouvaient avoir sur d’autres peuples.

Le vraisemblable:
« Le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable », dit très justement Boileau. La tragédie, pour avoir sur le public l’effet recherché qui est de lui inspirer pitié et peur, doit offrir aux spectateurs une histoire crédible, qui pourrait avoir lieu en réalité. Mais cela ne suffit pas: non seulement on doit bannir de l’intrigue des éléments fantastiques ou impossibles, mais l’on doit même éviter de présenter des situations qui, bien que théoriquement possibles dans la vie réelle, sont trop rares et extraordinaires. Il faut, en d’autres termes, que le public puisse s’identifier aux personnages et se reconnaître dans les situa­tions qu’ils vivent. Il faut donc que ces événements apparaissent non seulement possibles, mais probables, courants. La vraisemblance, comme les unités, n’est donc pas une règle totalement artificielle: elle sert esthétiquement le but même de la tragédie, qui est, selon Aristote, de provoquer compassion et terreur chez les spectateurs. Une histoire invraisemblable, précisément, ne saurait provoquer de tels sentiments.
 
 

II Les grands auteurs tragiques français:

Pierre Corneille (1606-1684) :auteur dramatique français du XVIIe siècle. Connu pour la richesse et la diversité de ses œuvres qui reflètent les valeurs et les grandes interrogations de son époque.
Aîné des six enfants d’une famille aisée de magistrats rouennais, Pierre Corneille entame en 1628 une carrière d’avocat. En 1629, un chagrin amoureux le conduit à écrire ses premiers vers, puis sa première comédie, Mélite. Avec les pièces qui suivront : Clitandre, la Veuve, la Galerie du Palais, la Suivante, la Place Royale, Médée et l’Illusion comique, apparaît un nouveau style de théâtre où les sentiments tragiques sont mis en scène pour la première fois dans un univers plausible, celui de la société contemporaine.
À partir de 1650, ses pièces connaissent un succès moindre, et il cesse d’écrire pendant plusieurs années après l’échec de Pertharite. L’étoile montante du théâtre français est alors Jean Racine dont les intrigues misent plus sur le sentiment et apparaissent moins héroïques et plus humaines. Le vieux poète ne se résigne pas et renoue avec la scène avec la tragédie Œdipe.
À la fin de sa vie, la situation de Corneille est telle que Boileau demande pour lui une pension royale qu’il obtient de Louis XIV.
 Ses Oeuvres:

  •  Le Cid (1634)
  • Cinna (1640)
  • Horace (1640)
  • Polyeucte (1641)
  • Nicomède (1651)

 

Jean Racine (1639-1699) : poète tragique français considéré, à l’égal de son aîné Pierre Corneille, comme l’un des deux plus grands dramaturges classiques français.
Né dans une famille de petits notables et d’écrivains. Orphelin dès quatre ans (sa mère décède en 1641 et son père en 1643), il est recueilli par ses grands-parents et reste chez eux jusqu’à la mort de son grand père en 1649.
À 18 ans, Racine est donc orphelin et pauvre, mais cependant il possède une très forte culture et il peut s’appuyer sur le réseau de relations des jansénistes. Il étudie alors la philosophie au collège d’Harcourt où il écrit ses premiers poèmes. Dans un premier temps, il tente de concilier ses aspirations littéraires avec la carrière ecclésiastique, mais finalement, après un échec de cette dernière, il choisit de se consacrer entièrement à la littérature.
En 1665, il fait jouer Alexandre le Grand qui est son premier succès. La pièce plaît notamment au roi, car elle est à son honneur. Elle est retirée à Molière pour être jouée par une troupe de comédiens plus prestigieux, à l’Hôtel de Bourgogne. C’est cette affaire qui entraîne une brouille définitive entre Molière et Racine.
L’important succès de la tragédie Andromaque, placée sous la protection de Madame Henriette d’Angleterre, (1667) assure sa réputation . Après une unique comédie, les Plaideurs, en 1668, il revient définitivement à la tragédie. Mais ébranlé par les critiques et les cabales, Racine renonce au théâtre malgré le succès populaire de son chef-d’œuvre Phèdre.                                                                                                                                      Racine meurt en 1699 à la suite d’une tumeur. Le théâtre de Racine peint la passion comme une force fatale qui détruit celui qui en est possédé. On retrouve ici les théories jansénistes : soit l’homme a reçu la grâce divine, soit il en est dépourvu, rien ne peut changer son destin, il est condamné dès sa naissance. Réalisant l’idéal de la tragédie classique, le théâtre racinien présente une action simple, claire, dont les péripéties naissent de la passion même des personnages.

Ses oeuvres:

  • Andromaque (1667)
  • Britannicus (1669)
  • Bérénice (1670)
  • Bajazet (1672)
  • Iphigénie (1674)
  • Phèdre (1677)

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