[S3 LEXICOLOGIE] EXERCICE

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Désintoxication

Ce mot est formé par dérivation, c’est-à-dire ajout d’affixes sur un radical.

Le radical est toxique, adjectif qualificatif ; sur ce radical, on fait le verbe intoxiquer par ajout simultané du préfixe in– qui signifie « dans » et de la désinence verbale -er (c’est une dérivation parasynthétique, car toxiquer et intoxique n’existent pas) ; ce verbe est utilisé comme base pour le nom intoxication : le suffixe –ation sert en effet à faire un nom, et exprime l’action. On notera, sur le plan orthographique, le remplacement du digramme qu par la lettre c de même prononciation.

Pour aboutir à désintoxication, il est pourtant plus logique de passer du verbe intoxiquer à son contraire désintoxiquer, formé à l’aide du préfixe -, qui exprime l’éloignement, et, pour un verbe, marque que l’on défait ce qui a été fait. On notera la variante de ce préfixe, avec addition d’un s qui fonctionne un peu comme une liaison. La dernière étape étant l’ajout du suffixe de nom comme indiqué ci-avant.

La désintoxication, c’est le fait d’ôter l’élément toxique du corps, par exemple l’alcool ou la drogue.

Châtain

Ce mot a été formé par dérivation inverse, ce qui consiste à créer un nouveau mot en retranchant un élément à la fin d’un mot existant. On obtient donc un mot plus court à partir d’un mot plus long.

Ici, c’est au départ le nom châtaigne, à partir duquel on forme l’adjectif châtain.

L’adjectif obtenu exprime une couleur de cheveux semblable à celle de la châtaigne.

Cuirassé

Ce mot a été formé par conversion, ou dérivation impropre. C’est un procédé qui consiste à changer la catégorie grammaticale sans modification de forme.

Au départ, il s’agit d’un participe passé, qui est la forme adjectivale d’un verbe, ici le verbe cuirasser. On en a fait un nom commun.

Ce mot désigne un bateau de guerre puissant, un navire cuirassé, protégé par une sorte de cuirasse, un blindage. Dans l’Histoire et au cinéma, on peut citer le célèbre cuirassé Potemkine, joyau de la flotte russe au temps des tsars, et qui connut une mutinerie annonciatrice de la Révolution de 1917.

Pour étudier complètement ce terme, il faudrait étudier la dérivation qui, partant du nom cuir, conduit au nom cuirasse, laquelle a été en cuir avant d’être en fer, pour finir au verbecuirasser.

Porte-avions

Ce mot a été formé par le procédé de composition populaire, qui consiste à créer un mot nouveau à l’aide de deux mots (radicaux susceptibles de donner naissance à des dérivés) existant en français.

Ici, on a fait un nom commun composé grâce au verbe porter et au nom COD avions, pour désigner un bateau de guerre capable de transporter des avions. Les deux mots sont accolés par un trait d‘union, ce qui est le procédé le plus classique en français.

Greffe

Ce mot a été formé par dérivation inverse, ce qui consiste à créer un nouveau mot en retranchant un élément à la fin d’un mot existant. On obtient donc un mot plus court à partir d’un mot plus long.

Ici, c’est au départ le verbe greffer, à partir duquel on forme le nom greffe en ôtant la désinence verbale. Il s’agit donc d’un déverbal

Le nom obtenu exprime d’abord l’action de greffer, avant de désigner l’élément qui est greffé.

Rudiment

C’est un mot simple, un radical, un morphème lexical de base, qui n’a donc subi aucun procédé de formation. Seule l’histoire de la langue, en remontant au latin, serait susceptible d’expliquer la formation de noms comme rudiment, élément, monument, sédiment, mais ce n’est pas l’objet de la linguistique moderne.

Photomontage

Ce mot a subi plusieurs procédés de formation successifs.

Le premier élément est le nom commun photographie. Il a été constitué par composition savante, assemblage de deux racines anciennes, d’origine grecque : photo, qui fait référence à la lumière, et graphe, qui fait référence à l’écrit. S’y ajoute un petit élément dérivationnel, le suffixe –ie, qui permet de constituer un nom commun féminin et de distinguer la technique de celui qui l’utilise. La photographie est donc la technique qui consiste à fixer la lumière (celle d’une sujet éclairé) sur un support a priori de type papier ; c’est aussi le résultat concret de cette opération.

Le deuxième procédé, c’est l’abréviation, la troncation du mot précédent, comme c’est l’usage concernant les mots savants qui entrent dans le vocabulaire courant. On aboutit donc àphoto, c’est toujours un nom commun.

Le deuxième élément du mot est montage. Il a été constitué par dérivation proprement dite, ajout d’affixes à un morphème lexical de base. Le radical est ici le verbe monter, auquel on a ajouté le suffixe -age, qui en fait un nom commun exprimant l’action de monter.

Enfin, un dernier procédé consiste à assembler l’abréviation photo avec le dérivé montage par composition populaire, addition de deux mots français, complètement collés ici, sans trait d’union. A partir de deux noms, on fait un nouveau nom, qui signifie un montage de photographies, un assemblage d’éléments pris dans plusieurs photographies, par trucage, ou pour donner un résultat humoristique.

Glougloutement

Ce mot a été formé par dérivation proprement dite, soit l’ajout d’affixes sur un radical, mais on peut compter quand même deux étapes.

Le radical est en effet l’onomatopée glouglou, qui imite le bruit de l’eau. C’est le procédé le plus basique de la langue, et sans doute le plus ancien de l’humanité. Cette onomatopée est utilisée comme nom commun : le glouglou de l’eau. Pour être complet, elle existe en bas latin sous la forme glutglut, et s’applique à la bouteille.

Sur ce radical, on a formé d’abord le verbe glouglouter par l’adjonction d’une désinence verbale de premier groupe, avec une consonne t intermédiaire pour faciliter la prononciation entre deux voyelles. Glouglouter, c’est gargouiller, émettre un bruit de type glouglou (on remarquera que cela concerne aussi les dindes et les dindons). Ce verbe est attesté en 1569 chez Ronsard, et il a connu la forme glougloter. Puis, on a ajouté le suffixe -ment pour en faire un nom commun exprimant le fait de glouglouter, soit à peu près la même signification que l’onomatopée première. Ce nom commun se trouve chez Louis Pergaud (décédé en 1915), dans Les Rustiques (publié en 1921), à propos des bulles de gaz qui remontent de la vase ; c’est peut-être cet auteur qui l’a inventé, ou réinventé ; on retrouve le mot chez Blaise Cendrars en 1926, c’est cette dernière référence que donnent le TLF et le Grand Robert.

Anthropomorphisme

Ce mot a été formé par composition savante, c’est-à-dire juxtaposition de deux radicaux (au moins) d’origine latine ou grecque.

Il s’agit ici de deux radicaux grecs : l’élément anthropo signifie «l’homme» (en tant qu’espèce), et l’élément morph signifie «la forme». A ces deux éléments s’ajoute un suffixe -isme qui permet de former un nom masculin, nom qui correspondra généralement à une pensée ou à une théorie.

L’anthropomorphisme est une manière de penser, une certaine vision des choses ou du monde à l’image de l’homme ou du comportement humain. Par exemple, prêter des intentions ou des sentiments à des objets ou des éléments naturels, c’est faire de l’anthropomorphisme.

Indécrottablement

Ce mot a été formé par dérivation proprement dite : procédé qui consiste en un ajout d’affixes à un radical.

Le radical est le nom crotte, à prendre ici au sens ancien de « boue » (rentrer tout crotté d’une promenade dans les champs).

A été ajoutée d’abord une désinence verbale –er, qui permet de former le verbe crotter.

Ajout ensuite du préfixe d’éloignement -, correspondant pour un verbe à l’idée de «défaire ce qui a été fait», pour former le verbe décrotter.

Puis, par dérivation parasynthétique, on a formé l’adjectif indécrottable, par ajout en même temps du préfixe in– qui sert à crée un contraire, et du suffixe –able qui change la nature grammaticale et permet de créer un adjectif exprimant une notion de capacité. Le verbe indécrotter et l’adjectif décrottable n’existent pas.

Enfin, l’ajout d’un suffixe –ment permet de former un adverbe qui exprimera la manière.

Le sens du mot sera : « irrémédiablement, d’une façon telle qu’il n’y a rien à faire pour débarrasser le personnage par exemple de sa paresse qui lui colle comme de la boue ».

Judas

Ce mot a été formé par dérivation impropre ou conversion : changement de nature grammaticale, sans changement de forme.

Il s’agit au départ d’un nom propre (celui d’un apôtre de Jésus, qui l’a trahi, selon la tradition), utilisé comme nom commun. Ce procédé particulier est une antonomase.

Sens du mot obtenu : un traître, d’abord, mais aussi une ouverture sur une porte, permettant de voir les visiteurs en étant soi-même à peine démasqué, et que l’on trouve aujourd’hui sous la forme d’un oeilleton.

Ostréiculture

Ce mot a été formé par composition savante, c’est-à-dire juxtaposition de deux radicaux (au moins) d’origine latine ou grecque.

Il s’agit ici de deux radicaux latins : l’élément ostréi signifie «huître», et l’élément cult- faisant référence à la culture (agriculture), ou à l’élevage. Avec le suffixe –ure, le mot obtenu est un nom commun féminin exprimant l’activité elle-même (l’adjectif se forme avec –ole, le nom de celui ou celle qui pratique l’activité avec -eur ou –rice)

L’ostréiculture, c’est l’élevage des huîtres.

Eléphantôme

Il s’agit ici d’un mot-valise, formé par le procédé du téléscopage. Ce procédé consiste à juxtaposer, accoler deux mots qui existent dans le lexique, en retranchant souvent soit la fin du premier mot soit de début du second ; un élément (une syllabe ou une lettre, un phonème) commun aux deux mots permettant la soudure.

Ce mot est formé sur éléphant et phantôme, la syllabe phan étant commune.

Il s’agit d’un mot plaisant forgé par un auteur, avec la définition suivante :

« pachyderme serviable qui se revêt d’un grand drap blanc afin de faire peur à ses congénères atteints du hoquet ».

Démocrature

Ce mot (trouvé sur Internet) a subi plus d’un procédé de formation.

Le premier élément est le nom démocratie. C’est un mot de composition savante, formé par l’assemblage de deux radicaux grecs, demos, qui signifie « le peuple » au sens politique du terme, et crate (kratein), qui fait référence au pouvoir. S’y ajoute le suffixe -ie, qui permet de former un nom féminin, et de distinguer le pouvoir de celui qui l’exerce, ou qui en est partisan, ce qui constitue un élément dérivationnel final, fréquent en composition savante. La démocratie, c’est le pouvoir assumé par le peuple.

Le second élément est le nom dictature. C’est un mot directement emprunté au latin dictatura au XIVème siècle, nous n’étudierons donc pas davantage sa formation. En latin, il exprimait une magistrature extraordinaire ; en français, il exprime la concentration de tous les pouvoirs entre les mains d’un seul individu, ou d’un parti.

Le mode de formation finale est le télescopage : il s’agit ici d’un mot-valise. On utilise le début, en fait la plus grande partie, du mot démocratie (démocrat-), que l’on assemble avec la dernière syllabe de dictature. La syllabe commune est –at-, dans laquelle la lettre t a la même prononciation [t] que dans dictature, et non la prononciation [s] de démocratie. On constitue donc un nouveau nom commun à partir des deux noms précédents.

Une démocrature est un régime officiellement démocratique, mais qui est en fait une dictature déguisée, par exemple par la manipulation, un scrutin faussé, l’absence de liberté politique. Ce néologisme est bien sûr un terme ironique.

Téléachat

Ce mot a subi plusieurs procédés de formation successifs.

Le premier élément est le nom commun télévision. Il a été constitué par composition savante, assemblage de deux racines anciennes : télé, d’origine grecque, qui fait référence à la distance, et vision, mot français d’origine latine, qui signifie le fait de voir. La télévision est donc la technique qui permet de voir des choses qui sont à (grande) distance, par la transmission d’ondes électromagnétiques (cet élément n’est pas exprimé dans la formation du mot).

Le deuxième procédé, c’est l’abréviation, la troncation du mot précédent, comme c’est l’usage concernant les mots savants qui entrent dans le vocabulaire courant. On aboutit donc àtélé, c’est toujours un nom commun.

Le deuxième élément du mot est achat. Il a été constitué par dérivation inverse, un mot nouveau fait en retranchant un élément à la fin d’un autre, un mot plus court fait à partir d’un mot plus long. Ce nom fait à partir du verbe acheter, en retranchant la désinence verbale, est donc un déverbal. En fait, c’est la forme ancienne achater qui a été utilisée.

Enfin, un dernier procédé consiste à assembler l’abréviation télé avec le dérivé achat par composition populaire, addition de deux mots français, complètement collés ici, sans trait d’union. A partir de deux noms, on fait un nouveau nom. C’est au départ plutôt un nom propre, puisque c’est le nom donné à une émission de télévision, mais l’usage tend à le transformer en nom commun (ce qui serait une dérivation inverse finale).

Sidaction

Ce mot a subi plus d’un procédé de formation.

Le premier élément est le nom sida. Il s’agit d’un sigle, constitué des initiales S.I.D.A. au départ, pour Syndrome d’ImmunoDéficience Acquise, et c’est même un acronyme, car l’alternance de voyelles et de consonnes en rend la prononciation aisée. L’usage en a donc fait un mot normal, un nom commun, écrit en minuscules ; il a même servi de base à des dérivés comme les adjectifs sidatique et sidéen (et non sidaïque, qui est une invention de Jean-Marie Le Pen à partir de sida + hébraïque), ou un composé comme sidologue pour désigner le médecin spécialiste. La siglaison est donc la première étape.

Le deuxième élément est le nom action, qui est un mot simple emprunté au latin actio.

A partir de ces deux mots a été formé par télescopage le mot sidaction, qui est donc un mot-valise. L’élément commun est la voyelle a, et les mots n’ont même pas besoin d’être tronqués. Ce mot est en fait un nom propre, puisque c’est une action particulière en faveur des malades du sida, mais l’usage a tendance à le transformer en nom commun.

 

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